Père Martin de Laubadère : Ne jamais rien lâcher, toujours encourager !

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Pouvez-vous nous parler de votre formation au Séminaire de Paris et de la manière dont celle-ci a façonné votre cœur de prêtre ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : J’ai beaucoup aimé la vie en maison et j’ai énormément reçu de mes pères de maison qui m’ont pris tel que j’étais, là où j’en étais, et qui ont vraiment su me faire grandir. Vivre avec des frères c’est aussi grandir. Je ne serais jamais resté au séminaire si je n’avais pas eu ces pères de maison qui ont su poser sur moi le regard de Dieu et bien m’accompagner. Quand j’étais à Bruxelles, j’étais incapable de dire « quand je serais prêtre ». J’avais vu trop de gens en souffrance, des gens défaits à cause des abus de l’Église, de prêtres ou de religieuses, de laïcs, etc. Mes pères de maison ont eu cette finesse du cœur et l’intelligence de soulever les bonnes questions pour me faire avancer. Et puis, du point de vue des cours, j’en retiens un en particulier : « Il a parlé par les prophètes » d’Anne-Marie Pelletier, où j’ai appris à lire la Parole, à l’accueillir sans la changer.

Alors, comment êtes-vous devenu celui que vous êtes ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : Celui qui nous unifie, c’est Dieu. Le temps du séminaire est un temps où les choses sont portées pleinement à leur maturité. C’est vraiment un temps qui est offert. Ensuite il y a ce que Dieu fait comme un travail de fond, et parfois aussi des choses qui jaillissent dans la lumière. Il y a aussi toutes les personnes, les différents prêtres qui ont pu m’accompagner spirituellement, mes amis, mes parents, le psy avec lequel j’adorais parler qui ont énormément semé. Moi, la force des pères de maison que j’ai eus, c’est que c’était des gars construits, qui acceptaient qu’on ne soit pas dans un moule. C’est vraiment Dieu-Providence qui m’a envoyé dans ces maisons de Séminaire.

Est-ce que votre jeunesse mouvementée avant le séminaire vous a permis de mieux aborder les problèmes auxquels les jeunes sont confrontés ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : Le mythe du self-made man est faux, parce que même le gars qui est parti de zéro, il a eu sur sa route des gens bienveillants, qui l’ont aidé et qui ont cru en lui. Quand on grandit tout seul, on est un peu en vase clos, on grandit à l’horizontale. Les seuls auxquels on parle, ce sont les jeunes de notre âge donc les solutions sont des solutions de notre âge ! Et il manque cette dimension verticale, moi je n’avais pas ça… Oui, j’ai grandi sans père en grande partie. J’ai eu plein de pères de substitution, mais ça ne remplace jamais le père. C’est quelque chose que je comprends de plus en plus. Ensuite, ma grâce c’est que Celui qui est venu prendre cette place-là avant mes pères de substitution, c’est Dieu.
Quand j’avais 20 ans, j’ai entendu l’appel du Seigneur, mais ma relation à Dieu remonte à l’âge de 6 ou 7 ans. Lorsque Dieu m’a manifesté qu’il est pour moi un père. C’est cette grâce qui m’a permis de pousser droit, même si j’ai fait des « conneries » ! En revanche, je ne suis pas dans une réaction. Je ne suis pas dans « Je voudrais offrir aux jeunes ce que moi je n’ai pas eu ». Je crois que, dans ce cas-là, on se trompe ; c’est comme les parents qui inscrivent leur enfant à mille activités, parce qu’ils n’ont pas eu cette opportunité.

Avec les jeunes du patronage avant la messe du mercredi

Quelle est votre approche pour atteindre les jeunes générations et les impliquer ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : Sans être un dictateur je suis exigeant, pas « sympa » non plus parce que c’est creux ! Mon désir c’est que les jeunes découvrent la présence de Dieu. Cette exigence nous porte à les prendre tels qu’ils sont. J’aimerais qu’ils comprennent que Dieu est présent dans ce qu’ils sont corps et âme, et qu’ils soient cathos tout le temps car le bonheur de leur vie en dépend !

Avec les jeunes du patronage avant la messe du mercredi

Quels sont les aspects les plus gratifiants de votre vocation en tant que prêtre à Paris ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : L’accompagnement spi est très édifiant, il y a quelque chose de douloureux, proche de l’enfantement et puis il y a une lumière divine qui est accueillie par la personne, c’est un truc de dingue. Je suis impressionné par le courage des gens qui traversent des combats.

Par nos blessures, on rencontre Dieu et elles deviennent des lieux de fécondité. parler c’est guérir et Dieu agit

Est-ce que le fait d’associer des Stan Smith, symbole de la culture moderne, avec la soutane, symbole de la tradition religieuse, ouvre le dialogue d’une manière inattendue ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : Le contexte varie. À Cergy les gens pensaient que la soutane était un truc de musulman. À Paris, on ne sait pas trop ! On est face à une crise culturelle. Moi je suis bien comme ça, je suis à l’aise, je ne me planque pas. Il n’y a pas de calcul, si je suscite des réactions, je les accueille mais je ne cherche pas à les provoquer. Et les Stan Smith c’est à la mode pour les trentenaires ! L’habit est un faux débat, tout se joue dans les relations nouées au quotidien !


En quoi la liturgie classique enrichit-elle l’expérience spirituelle des fidèles dans un contexte urbain moderne ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : On doit voir Dieu et pas le prêtre. Dans la sacristie, sous les couches de vêtements, petit à petit l’homme doit disparaître pour faire corps avec le Christ. La célébration de la messe doit conduire au beau et au sacré. C’est aussi la garantie que l’Église est universelle quel que soit le pays. Mais surtout être un bon prêtre c’est être « un lion en chaire, un ange à l’autel, un agneau au confessionnal » comme disait le pape Pie X.

L’eucharistie n’est pas un spectacle

La messe du mercredi

Vous avez créé des slams pendant le confinement que vous avez publiés sur Instagram. Quelles opportunités voyez-vous dans les médias sociaux pour évangéliser ?

PÈRE MARTIN DE LAUBADÈRE : J’ai osé publier mes chansons, rendre public ce qui m’appartenait, sans chercher de publicité. Beaucoup de gens se planquent derrière leur écran. Je me méfie vraiment du ministère virtuel, ce n’est pas pour moi. La création musicale fait partie de mes projets sans évangéliser directement, c’est-à-dire que je ne paraphrase pas l’évangile. Mes thèmes de prédilection c’est le combat entre lumière et ténèbres et advenir à la vie. Oser parler et mettre des mots. Faire face à ce qu’on a en soi, et toucher les cœurs.

Année de naissance : 1988
Université et études : licence de droit à Assas + une année de service civique dans un foyer éducatif fermé
Paroisses fréquentées : Sainte-Cécile (Boulogne) et Notre-Dame-de l’Assomption (16e)
Ordination sacerdotale : 29 juin 2019
Missions : FMPV à Cergy pendant 1 an ; depuis 2020, vicaire à Saint- Pierre de Montrouge
Compte instagram : @abounastan

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