Ségolène et Vianney de la Ronde : Comment le Seigneur a saisi notre fils

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Mariés depuis quarante Ségolène et Vianney ont quatre enfants, Maylis, Bertille, Théophile et Mahaut, et huit petits-enfants. Ils ont quitté Bois-Colombes (92) pour les Alpes de Haute-Provence et dirigent désormais La Fromagerie la Ronde des Chèvres. Ils reviennent sur le parcours de leur fils Théophile ordonné prêtre pour le Diocèse de Paris en juin 2021

Comment avez vous accompagné la vocation de Théophile ?

La première alerte, c’était en terminale. Il nous a téléphoné du pensionnat, très ému, pour nous dire que le Seigneur les appelait, un ami et lui, à partir à Compostelle. Il y avait comme une urgence, il était dans tous ses états, prêt à fuguer. Nous lui avons demandé de ne pas partir sans voir un prêtre pour l’éclairer.
Par chance, il a trouvé un vieux prêtre qui l’a convaincu que le Seigneur, qui est fidèle et patient, attendrait. Cette première étape, c’était un appel à faire quelque chose pour le Seigneur, mais pas encore le sacerdoce.

Théophile nous a toujours un peu désorientés. Il fallait s’adapter. Enfant, il était très turbulent, sa scolarité n’a pas été simple. Ensuite il a eu du mal à trouver sa voie. Après des études d’ingénieur arrêtées au bout de deux mois, il a fait une école de commerce, puis créé une petite entreprise de maroquinerie. C’était déconcertant, il y avait un décalage entre cette activité d’accessoires de mode très branchés, et sa personnalité. C’est quelqu’un de très profond. Mais il semblait content, se donnait du mal, et l’entreprise marchait bien.

A t-il partagé avec vous son cheminement ?

Pas après cet épisode en terminale. Petit à petit, les engagements associatifs auprès du Rocher, d’Anuncio, d’A bras ouverts etc. ont pris de plus en plus de place dans sa vie, et il a cessé son activité de maroquinerie. Sans oser l’interroger, je me demandais comment ça allait finir. Il avait 25 ans, et plus de travail. Cette période a duré deux ans, j’ai trouvé ça très long….

On voyait qu’il faisait de belles choses, qu’il était heureux. On avait bien l’intuition de sa vocation, mais on ne lui en parlait pas. Nous n’en parlions pas tellement entre nous non plus, pour ne pas nous mettre cette idée en tête si ce n’était pas le cas.

A t-il grandi dans une famille proche de l’Eglise ?

Nous sommes croyants, mais nous ne sommes pas particulièrement engagés. J’ai toujours fait le caté. Maintenant c’est Vianney qui le fait. Il est aussi au conseil paroissial. Théophile a fait un peu de scoutisme, mais n’a jamais été enfant de choeur. Ma soeur est chez les Petites Soeurs de Bethléem. Son choix de vie est pour nous tous un témoignage très fort de foi et de radicalité. Nous sommes souvent allés en famille lui rendre visite. Théophile a même passé quelques jours seul au
couvent, rendant de menus services.

Si Théophile ne s’en ouvrait pas à vous était-il accompagné dans sa réflexion ?

Nous savons qu’il se posait des questions. Il habitait à la paroisse Saint-Paul Saint-Louis (4e), en échange de services. Le père Renard lui a conseillé d’aller passer quelques temps chez les Missionnaires de la Charité de Mère Teresa. C’est là qu’il a reçu la confirmation de son appel. Il nous a envoyé de Calcutta des mails magnifiques, citant la Bible, des choses comme « je l’ai cherché toute la nuit, je l’ai saisi et je ne le lâcherai plus… ». Je me souviens les avoir lus à ma mère. Je sentais qu’il se passait quelque chose pour lui là-bas. C’est d’ailleurs très peu de temps après son retour qu’il nous a annoncé sa décision d’entrer au séminaire. 

Comment s’est passé ce moment de l’annonce ?

Nous étions tous les trois dans la cuisine, à Bois-Colombes. Il était très ému. Nous aussi. Je garde le souvenir d’une grande joie, un peu contenue. Une joie parce que c’était la réponse à une errance, et parce qu’il avait trouvé une direction. Mais un peu contenue parce que le séminaire peut mener à quelque chose qui n’est pas satisfaisant. 

Malgré tout nous étions prêts à ce choix. Voir Théophile tellement heureux et sûr de lui nous a donné une grande confiance. Même si le séminaire c’est long, qu’on y vit des discernements progressifs. J’étais ouverte à la possibilité qu’il se soit trompé.

Comment son entourage a-t-il réagi ? Les liens avec lui ont-ils changé ?

Ses soeurs ne s’y attendaient pas du tout. Elles se sont souvenues, avec amusement, qu’il avait tenu le rôle de Jésus dans La Passion de Ménilmontant. Il était un Jésus exprimant ses émotions, très incarné, qui criait, qui pleurait.

L’entrée au séminaire a coïncidé avec notre départ pour le sud de la France. Etonnamment, c’est l’enfant que nous avons vu le plus régulièrement, car il venait passer ses vacances à Pierrerue. On sentait que c’était important pour lui de venir à la campagne, au calme, de faire des travaux physiques. Il amenait des amis séminaristes et on discutait. 

Ce choix a-t-il éveillé chez vous des inquiétudes ? Des souffrances ?

Je sais que c’est courant, mais la pensée de ne pas avoir de petits-enfants de lui n’a même pas traversé notre esprit. Nous étions déjà grands-parents, et nous avons trois filles.

Je trouve qu’avoir de nouveaux chrétiens c’est aussi bien qu’avoir des petits-enfants. Mais je me demande s’il saura apprécier le célibat. C’est un mystère qui ne me paraît pas simple. Sa soeur aînée craint aussi pour lui la solitude.
Avec tout ce qu’il se passe dans l’Eglise, elle espère qu’il se tournera vers sa famille en cas de difficultés. Et elle ne manque pas de le lui dire.

Le trouvez-vous changé ?

Une première chose, c’est qu’il nous a stupéfaits par sa capacité à étudier avec persévérance et confiance, alors que sa scolarité avait été si chaotique. Nous l’avons vu grandir en sagesse, en profondeur, en ouverture. On peut dire que les années de séminaire l’ont construit. Le voir célébrer sa première messe à Notre-Dame de Clignancourt, où il avait passé deux ans, a été pour moi un choc ! J’ai réalisé à quel point il était à sa place, en paix, entouré, aimé.

C’était quand même au départ quelqu’un de généreux, de serviable, de profond, et dans l’écoute. Une chose qui a changé, c’est qu’il prend plus facilement la parole, tout en restant discret.

Y a-t-il un impact sur votre vie de foi ?

Evidemment, ça donne une impulsion à notre prière, ça aide. J’ai envie d’avancer avec lui, de pouvoir lui parler, de ne pas le décevoir. Avoir un fils prêtre nous a aussi rendus plus indulgents. Les paroissiens sont toujours prompts à trouver que le curé chante mal, ne sait pas compter etc.

Il y a un effet, c’est certain. Sa jeune soeur, par exemple, a réfléchi différemment à sa propre vocation. Son aînée est impressionnée par sa proximité avec le Seigneur, dont il dit que c’est son meilleur ami. Ça l’a amenée à se questionner sur sa propre relation à Jésus.

Êtes-vous des parents heureux ?

Nous sommes des parents heureux, non pas parce que notre fils est prêtre mais parce qu’il est réellement heureux.

Qu’il soit prêtre ne change rien au fait qu’il est d’abord notre fils. Nous demeurons attentifs à l’accompagner, à ne pas le lâcher.

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