À la Maison Saint-Augustin, dix-huit jeunes hommes âgés de 19 à 35 ans vivent une année à part. Entre prière, études, vie fraternelle, services et rencontres avec les plus fragiles, cette maison de propédeutes leur offre un cadre pour prendre du recul et discerner la suite de leur chemin. Une année dense, mais volontairement dépouillée, qui trouve son point culminant dans une retraite de trente jours.

Des journées réglées comme une horloge, mais pas une année sous cloche
Il est 7 h 30. La journée commence par les laudes. À la Maison Saint-Augustin, le temps est rythmé par la prière, les cours et la vie communautaire. Après le petit déjeuner, une heure est consacrée à l’oraison, puis une autre à la lecture de la Bible. Les cours prennent ensuite le relais, avant la messe célébrée chaque jour en milieu de journée. L’après-midi, le rythme se fait plus souple : sport, jardinage ou simplement temps personnel permettent à chacun de souffler. Le jeudi, les propédeutes quittent la maison pour se rendre à l’hôpital. Une manière aussi de confronter leur quotidien à celui de personnes fragilisées. Ici, la formation ne se limite donc pas aux livres ou à la prière. Elle passe aussi par le service et la rencontre. Le soir, le programme varie : communauté le lundi, travail en équipes le mardi, soirée libre le mercredi, adoration le jeudi et film le samedi. À 21 h 30, les complies viennent clore la journée, avant le grand silence. La vie en collectivité s’organise autour de tâches très concrètes : ménage, courses, bibliothèque, bricolage, comptabilité ou encore photographie. Trois équipes tournent également chaque semaine pour assurer la liturgie, préparer le dîner et entretenir la maison. Même la cuisine devient un exercice de vie fraternelle : les repas sont préparés en équipe pour une vingtaine de personnes. Les déjeuners, eux, sont livrés par un service de restauration collective, puis améliorés et présentés par les propédeutes. Le principe est simple : ne pas les surcharger de responsabilités, mais ne surtout pas les rendre passifs. Cette année doit leur permettre de devenir progressivement acteurs de leur propre formation. « L’année Saint-Augustin n’est pas une année de césure, c’est une année de discernement » : tout est pensé dans ce sens. Certains arrivent avec le besoin de terminer leurs études, d’autres souhaitent simplement prendre du recul avant de choisir la suite. La maison leur offre ce temps.
Une grande maison, de petits travaux… et un véritable chantier à venir

Derrière cette organisation millimétrée se trouve une maison impressionnante : près de 1 000 m² répartis sur quatre étages, avec un grand jardin qui donne aux lieux des allures de havre de paix. Mais cette superficie est aussi un défi. La maison, aujourd’hui louée à la congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, n’a jamais fait l’objet de grandes rénovations. Pour la propédeutique, l’enjeu est désormais de passer d’une logique de réparation ponctuelle à celle d’un entretien régulier. Peintures, électricité, espaces communs : les besoins sont nombreux, alors que le budget reste limité et doit être consacré progressivement, par tranches d’environ 20 000 euros. La rénovation complète des peintures représenterait à elle seule un chantier considérable. Il faut donc commencer par les endroits les plus visibles et les plus symboliques : l’entrée, l’escalier, la salle à manger, la cuisine ou encore le salon. Car entretenir une maison, c’est aussi prendre soin de ceux qui l’habitent. Un lieu propre, agréable et bien entretenu peut susciter davantage d’attention et de responsabilité chez ceux qui y vivent. Pour une maison qui accueille des jeunes pendant une seule année, cette question prend une dimension particulière : il s’agit de leur offrir un cadre suffisamment chaleureux pour qu’ils puissent s’y sentir chez eux, tout en leur apprenant à en prendre soin. Avant d’accueillir la propédeutique, les lieux étaient occupés par les sœurs Augustines. Aujourd’hui, la maison poursuit une autre mission : devenir, pendant quelques mois, le lieu où des jeunes hommes prennent le temps de s’arrêter pour discerner leur vocation.
Trente jours pour aller au cœur du discernement

Et puis vient le grand rendez-vous de la fin de l’année. Après les premiers mois de formation et une retraite de novembre destinée à les initier aux exercices spirituels, les propédeutes se préparent à une expérience radicalement différente : trente jours de retraite après Pâques. Cette grande retraite est organisée avec les maisons de propédeutes de Paris, Rennes et Paray-le-Monial. Une cinquantaine de jeunes sont répartis entre trois lieux : en Belgique, au Châtelard près de Lyon et à l’Horeb, près de Clermont-Ferrand. Pendant un mois, le silence devient leur quotidien. Quatre temps d’oraison d’une heure structurent les journées, entrecoupés de marches, de repos, de lecture, de liturgie et de repas. Chaque méditation s’appuie notamment sur un passage de l’Évangile. La retraite n’est pas prêchée : chacun avance accompagné individuellement et quotidiennement par un jésuite ou un laïc, qui reste son accompagnateur pendant toute la durée de l’expérience. Pas de conversations entre propédeutes, pas de vie communautaire habituelle : chacun est renvoyé à son propre chemin intérieur. Le but n’est pourtant pas de dresser le bilan de l’année. Il s’agit plutôt de le reprendre, autrement, dans le silence et la prière.
Pour certains, cette retraite pourra conduire à une décision ; pour d’autres, elle permettra au contraire de comprendre qu’ils ont encore besoin de temps. Le discernement ne se mesure pas à la rapidité d’une réponse. Un jeune peut avoir vécu une excellente année de propédeutique et ne pas être encore prêt à entrer au séminaire. Dans ce cas, une année supplémentaire peut être envisagée : reprendre des études, gagner en maturité, ou, lorsque cela est demandé, vivre une expérience auprès d’une œuvre comme Fidesco ou Le Rocher. L’objectif reste le même : permettre à chacun d’avancer à son rythme.
À environ 2 400 euros par personne, cette retraite représente une dépense importante pour la maison. Mais au-delà de son coût, elle constitue surtout le cœur spirituel de l’année : trente jours pour ralentir, relire son parcours, se mettre à l’écoute et, peut-être, faire un choix.
À la Maison Saint-Augustin, le discernement ne se fait donc pas dans la précipitation. Il se construit dans le temps, au fil des journées ordinaires, des services partagés et, finalement, dans le silence d’une longue retraite




Ce magazine est une publication trimestrielle publiée par l’Œuvre des Vocations au service des vocations en Ile-de-France, et plus particulièrement des vocations sacerdotales.