Père Alexandre de Mandat-Grancey : nous nous enseignons les uns les autres

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C’est au cœur des quartiers chics du 16e arrondissement que le Père Alexandre de Mandat-Grancey nous reçoit chaleureusement pour évoquer son ministère d’aumônier au sein des deux établissements scolaires Gerson et La Tour

Alexandre de Mandat-Grancey est aumonier dans les établissement scolaire Gerson et La Tour à Paris.

Comment est née votre vocation ?

Je suis né dans une famille catholique pratiquante. Mes parents étaient engagés comme chefs de groupe SUF à Sainte-Odile dans le 17e et j’ai fait toute ma scolarité à Sainte-Ursule. De 12 ans à 15 ans, j’ai arrêté de prier car Dieu n’était pas concret dans ma vie. Ma passion était l’aquariophilie : j’ai donc rangé mon coin prière et mis un aquarium à la place ! Un jour, ma sœur me propose de l’accompagner à un groupe de prière ; elle était si joyeuse que je me disais que la foi devait jouer un rôle dans sa manière d’être. Arrivés à Saint-Pierre-du- Gros-Caillou, je découvre des jeunes de 15 à 18 ans qui sont là sans les parents et qui vivent quelque chose avec Dieu que je ne vis pas. J’ai alors recommencé à prier à partir de ce moment-là et j’ai senti la présence de Marie qui me réapprenait peu à peu ce que j’avais oublié ! J’ai continué le groupe de prière en étant actif, notamment en accompagnant les chants à la guitare.
Ensuite vient une retraite aux Béatitudes à laquelle je me rends avec mes nouveaux amis. C’est là qu’on me propose le sacrement de réconciliation. J’ai beaucoup hésité mais, en me relevant après cette confession, j’ai immédiatement ressenti ce que voulait dire Dieu est amour, Dieu est miséricorde, Dieu pardonne !
De manière radicale, l’appel à la vocation sacerdotale m’est apparu comme une évidence à 16 ans. J’ai cheminé avec un accompagnateur spirituel et, en parallèle, je suis entré en fac d’histoire géo. À Paray-le-Monial, le 15 août 2002 autour de 22h, deux paroles sont montées en moi comme une confirmation de cet appel et m’ont procuré une grande paix et une grande joie.

Comment a réagi votre entourage lorsque vous vous êtes engagé sur ce chemin ?

À mon retour de Paray-le-Monial, je voulais le dire à mes parents lors d’un repas, mais je n’ai pas réussi à le faire ! Vexé, je suis retourné dans ma chambre. Entendant ma mère passer dans le couloir, j’ai trouvé in extremis la force de lui dire que je voulais être prêtre et rentrer au séminaire. Elle s’est mise à pleurer et m’a dit d’aller en parler à mon père ! Sa réaction m’a fait sourire car il m’a dit : « Tu sais qu’il faut un appel ? ». Je lui ai répondu : « Oui je sais, papa, c’est bon ! » Ils ont accepté avec émotion, joie et fierté. Ma sœur, celle qui m’avait montré le chemin, aussi. J’ai eu de la chance et je les en remercie, ils ont compris ! Un prêtre avait dit à
mes parents de ne pas me relancer sur ce sujet ; je trouve que c’était très respectueux de ma liberté car on peut être amené à changer d’avis.

Qu’est-ce qu’un prêtre diocésain a de différent d’un prêtre religieux, puisque vous connaissez les deux facettes ?

Je suis entré à vingt ans à la communauté des Béatitudes où je suis resté cinq ans. Aux Béatitudes, communauté contemplative et missionnaire, j’ai aimé le renouveau, la joie et la profondeur ; c’est précisément ce que je voulais ! La formation reçue au sein d’une communauté, c’est l’attachement à une spiritualité d’hommes et de femmes qui ont déjà creusé un sillon dans lequel on a envie de rentrer parce qu’on s’y sent appelé ! Quand on est formé au sein d’une communauté religieuse, on suit des enseignements spécifiques au sein de cette communauté mais aussi à l’extérieur : personnellement je suis allé au séminaire diocésain de Namur où j’ai côtoyé des séminaristes venant de partout ! Entre un diocésain et un religieux il y a la même différence qu’entre un généraliste et un spécialiste, disait Mgr Beau !

Les Béatitudes, c’est une communauté qui a connu des dérives ?

Oui, comme dans de nombreuses communautés nouvelles, hélas. La formation n’était sans doute pas assez solide et l’accompagnement des évêques était trop lointain. La Communauté a été accompagnée durant quatre ans par le père Henry Donneaud, un dominicain, pour tout remettre d’aplomb et aujourd’hui les réformes qui devaient être faites le sont. L’Église s’est occupé de ses brebis malades et les a soignées. J’ai gardé à la Communauté de nombreux frères et sœurs et j’y retourne régulièrement avec des groupes de jeunes.

Alors, comment passe-t-on d’une vocation à l’autre ?

De la même manière que le Seigneur m’a demandé d’entrer dans cette communauté, de la même manière il m’a demandé d’en partir pour devenir prêtre diocésain. En 2009, j’ai senti l’appel à regagner mon diocèse. J’ai regardé sur internet pour trouver les coordonnées du service des vocations du diocèse de Paris. C’était le Père d’Augustin qui m’a reçu et remis en propédeutique à la Maison Saint Augustin…eh oui (rire). Je garde un merveilleux souvenir de mon passage à l’Arche et de ma retraite en silence lors des Trente jours de saint Ignace qui sont venus clôturer mon discernement. Ensuite, second cycle aux Bernardins avec des insertions en paroisses notamment à Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville, où je me suis senti tout de suite à l’aise dans les milieux populaires. Et, lors de mon ordination sacerdotale en 2014, on me parle de Montfermeil pour intégrer la Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville (FMPV) !

Comment avez-vous vécu la mission de vicaire en FMPV dans le diocèse de Saint-Denis ?

Lorsque je suis arrivé à Montfermeil, hélas connue pour sa cité des Bosquets, j’étais tout juste ordonné et on me confiait déjà deux paroisses. C’était très enthousiasmant. Je vivais en fraternité avec trois autres prêtres et bénéficiais ainsi d’un vrai coaching : on se disait ce qui allait et ce qui n’allait pas ! Je me suis beaucoup attaché à mes paroissiens, certains m’envoient encore des cadeaux pour mon anniversaire aujourd’hui !
J’ai découvert plein de belles choses et surtout j’ai appris que c’est le peuple de Dieu qui nous apprend à être prêtre ! On m’a appelé Alexandre (tout court !) très rapidement mais avec toujours beaucoup de respect. Il y avait des rapports très fraternels et très simples et une foi immense et joyeuse.

Ensuite vous êtes arrivé ici, aumônier d’un prestigieux établissement scolaire en plein 16e arrondissement ?

Oui, non seulement ici, à La Tour, mais aussi à Gerson ; je suis vicaire à la chapelle Notre-Dame-du-Saint-Sacrement, et aumônier du groupe SUF Notre-Dame de Gerson (450 jeunes) avec un confrère. Je suis arrivé au moment du confinement, ce qui ne m’a pas aidé pour connaître les jeunes, ni les paroissiens ; la première année était compliquée mais je me suis adapté.

Alexandre de Mandat-Grancey est aumonier dans les établissement scolaire Gerson et La Tour à Paris.

Quel recul avez-vous sur votre formation au Séminaire de Paris ?

Pas facile la première année, car la formation au séminaire de Paris est basée sur l’oral alors qu’à Namur elle
était fondée sur l’écrit. Je n’avais jamais étudié le grec, il me manquait des connaissances et j’ai fait beaucoup de travail personnel, un peu comme en prépa ! La vie en maisonnée, j’en garde un excellent souvenir : ça permet d’avoir un lien privilégié entre séminaristes, c’était super !

Quelle empreinte gardez-vous de votre ordination à Notre Dame ?

Nous étions sept ordonnés dont un pour les MEP. Je dirais que c’est l’ordination diaconale en vue du sacerdoce que j’ai trouvé plus intense en émotion avec l’engagement définitif au célibat. Toutefois la prostration, la bénédiction sans fin des prêtres, la sortie sur le parvis avec le Peuple de Dieu et les premières bénédictions restent des moments forts. La communauté de Montfermeil était là puisqu’ils savaient que j’allais arriver…

ordination pere alexandre de mandat grancey
Ordination sacerdotale à Notre Dame de Paris

Comment s’articulent vos journées ?

C’est très rythmé : petit déjeuner et laudes à 7h40, aumônerie à 8h15, réunion avec les catéchistes pour relecture autour d’un café à 9h30, messe à la chapelle à la Tour ou louange lors de la récréation à Gerson à 10h, déjeuner à la cantine avec les enseignants ou avec les prêtres et diacres de la paroisse à 12h, réunion sur la pastorale avec la direction, permanence de confessions pour les écoles, prière avec les malades ou réunion JMJ ou encore réunion avec les paroissiens et préparation au mariage s’étalent sur l’après midi et la soirée. Bref, c’est un ministère très varié.

Alexandre de Mandat-Grancey est aumonier dans les établissement scolaire Gerson et La Tour à Paris.

Quelles évolutions voyez-vous au sein de la jeunesse ?

Lorsqu’on explique le sens de la confession, on a véritablement des jeunes qui demandent ce sacrement.
Je suis témoin de véritables conversions. Je vois des jeunes qui ressortent en ayant retrouvé l’espérance. On a là de beaux moments, c’est pour ça que je suis prêtre ! Dans la jeunesse je constate hélas aussi des dépressions, des addictions, du harcèlement sur les réseaux sociaux et des suicides ! Les jeunes portent beaucoup le poids des parents. Dans le 93 il y a une certaine pauvreté, bien sûr, mais ici c’est une pauvreté de relation avec souvent une belle façade pour voiler la détresse. L’année dernière, j’ai construit un enseignement qui s’intitulait « Jours meilleurs » comme la très belle chanson d’Orelsan. C’était à une période où j’entendais presque chaque semaine l’annonce d’un suicide de jeune plus ou moins proche des familles du quartier. Bouleversant… Je suis en lien avec la psychologue de l’école, quand c’est nécessaire. Heureusement, dans les établissements scolaires du quartier, on apprend à ne jamais couper le lien à l’autre, à s’engager dans des associations…

Comment la pastorale scolaire de La Tour rétablit-elle des ponts entre l’expérience de la vie et l’expérience de Dieu ?

Je m’appuie sur le travail pédagogique d’Agnès Charlemagne qui a développé une méthode pour accompagner les adolescents dans leurs questions spirituelles : T’es où ? (Editions Salvator -2015). Nous l’avons accueillie ici pour engager une réforme et former les intervenants en pastorale. Le principe est de partir librement des questions des jeunes avec la conviction que l’Esprit Saint habite la parole de chacun. Ils découvrent qu’ils sont détenteurs d’une source inépuisable. On ajoute des interstices dans lesquels on distille la Parole de Dieu.
Pour animer le débat, l’animateur se constitue une pochette de textes qui le touchent et qu’il peut sortir à tout moment (magistère, poèmes, spiritualité…) ; ce n’est pas un manuel tout fait !
Tout cela avec la Bible et la lumière de la bougie au centre du groupe pour montrer qu’il y a plus grand que nous : ce n’est pas une séance de psychologie.

Que dites-vous à un jeune qui se pose la question de la vocation ?

Je l’encourage, je l’accompagne et je le guide spirituellement. Je lui parle de la prière et puis surtout je lui dis de garder ça précieusement et de ne pas en parler à n’importe qui. Je l’invite à retenir ce que la messe lui apporte. J’ai instauré une courte prière pour les vocations à la fin de chaque messe. La présence de Maxime Lefebvre, diacre dans notre paroisse, est importante ; elle donne sens à nos prières !

Interview réalisée par Sophie Mattei pour le magazine Vocations N°215

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