À Saint-Germain-l’Auxerrois, le Père Paul Quinson nous reçoit pour un échange à cœur ouvert. Il évoque sa mission, la formation des futurs prêtres, les mutations de l’Église et la joie de voir naître des vocations profondément humaines et fraternelles.

Qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus dans votre mission actuelle ?
D’abord, le travail de formation et d’accompagnement des séminaristes. J’ai exercé cette mission de 1999 à 2012, comme formateur et responsable de maison. Revenir comme recteur est un vrai motif de joie. Ensuite, la qualité du conseil du séminaire, lieu de compétences variées, de fraternité et de liberté de parole. Et puis, il y a les séminaristes eux-mêmes. C’est impressionnant de les voir progresser. Parfois, on a le sentiment de voir l’œuvre de Dieu à travers eux, comme si la grâce faisait éclore quelque chose de plus grand que leur potentiel humain. Et enfin, il y a ce nouveau projet confié par notre archevêque : faire de Saint-Germain-l’Auxerrois l’église du séminaire, une maison de prière pour les vocations.
Comment est structurée la formation ici à Paris et quelle dimension vous semble prioritaire ?
La formation suit le cadre de la Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis, qui structure la formation autour de quatre
dimensions : humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale. Parmi ces quatre piliers, la formation humaine est aujourd’hui essentielle parce qu’elle est la base de tout le reste. On ne peut pas construire une vie spirituelle solide sur une personnalité fragile ou déstabilisée. Entrer au séminaire, c’est accepter de faire un vrai travail sur soi-même, se confronter à ses limites pour grandir dans la vérité intérieure : un chemin exigeant mais libérateur. Je distingue quatre volets dans cette formation humaine : la connaissance de soi, par la réflexion, la prière ; les compétences relationnelles, car un prêtre doit savoir écouter,
communiquer, collaborer ; l’intelligence pratique, la gestion de la vie quotidienne, les tâches simples ; et enfin, l’ouverture culturelle, indispensable pour comprendre le monde et dialoguer avec lui.
Cette dimension humaine s’est-elle transformée au fil du temps ?
Oui, beaucoup. Quand j’étais séminariste, on ne parlait jamais de gestion des émotions. Aujourd’hui, ces questions sont intégrées dans la formation. Nous travaillons avec des psychologues, coachs et formateurs pour aborder l’affectivité, les relations, la vie émotionnelle. Cette ouverture ne remet pas en cause la foi, au contraire : elle l’enracine dans une humanité authentique. Les professionnels du changement aident à faire progresser les séminaristes pour devenir des hommes équilibrés, capables de relations justes et de discernement.
Quel rôle jouent les femmes dans cette évolution ?
Depuis quelques années, tous les séminaires ont intégré des femmes dans leur conseil. À Paris, nous en avons deux Cyprienne Berrada-Javal et Sabine Laplane (Sfx). Leur présence apporte un autre regard, une autre sensibilité, un équilibre.

Pensez-vous que le modèle du séminaire puisse se réinventer aujourd’hui ?
Oui, et c’est déjà en cours. J’identifie trois types de séminaires en France : les grands séminaires comme à Issy-les-Moulineaux, les petites maisons selon le modèle parisien, et les modèles mixtes qui ont intégré des espaces de fraternité. Ces structures récentes ont l’intuition des petites maisons concernant la fraternité, reconnue comme positive et nécessaire. Mais il faut rester vigilant pour éviter un fonctionnement étouffant. L’équilibre se trouve par la régulation constante : écouter les séminaristes, observer, discuter avec les responsables. C’est un travail de supervision qui m’enthousiasme beaucoup. J’essaie d’être un capteur d’informations.
Dans la formation il y a le travail de la Grâce aussi qu’il faut jamais oublier, ni sous-estimer.
Comment le séminaire accompagne-t-il les jeunes hommes sur la question du célibat ?
On observe si les séminaristes ont l’air heureux et épanouis, et on recueille les retours des formateurs. Il y a une formation structurée avec des lectures spirituelles sur le célibat, des cours de psychologie abordant la sexualité et des sessions sur l’affectivité. Le célibat n’est pas un problème à « régler » ni une simple discipline ecclésiastique. C’est un appel profond auquel on répond librement. L’Église latine choisit d’ordonner uniquement des hommes qui ont choisi librement le célibat en réponse à cet appel intérieur Si quelqu’un n’est pas appelé au célibat, il ne doit pas rester au séminaire.
Comment gérez-vous les candidats qui arrivent avec des sensibilités idéologiques assez marquées ?
Il faut éviter de catégoriser hâtivement. Porter la soutane ne fait pas automatiquement de quelqu’un un « tradi dangereux ». C’est un vêtement autorisé, certains jeunes prêtres la portent aujourd’hui pour des raisons missionnaires de visibilité, tout comme les anciens l’avaient quittée pour se rendre plus proches des gens. Il y a eu une démocratisation de la soutane qu’il faut prendre en compte. Attention à bien distinguer la sensibilité personnelle et les arguments théologiques qui orientent une pastorale. Un prêtre ne peut pas fonctionner uniquement selon sa sensibilité qu’il impose aux autres, car il est prêtre pour tous. Notre rôle est de vérifier que les séminaristes ont la capacité de respecter les traditions paroissiales qu’ils trouveront en arrivant, même si ce n’est pas leur sensibilité.

Comment pouvez-vous être sûr que les séminaristes développent une vie intérieure ancrée et équilibrée ?
C’est difficile car le cœur d’un séminariste est un sanctuaire. Le père spirituel ne communique strictement rien au recteur. Il existe cependant plusieurs moyens indirects de vérification. Les qualités recherchées incluent la délicatesse, l’humilité, le sens du service et surtout la joie durable. Un séminariste joyeux sur le long terme est un bon signe !
Quelle espérance souhaitez-vous transmettre aux donateurs de l’Œuvre des vocations ?
D’abord, je remercie sincèrement ceux qui nous soutiennent. Mon espérance s’enracine dans ce que Benoît XVI appelle la « grande espérance » : je n’ai aucun doute sur le Christ, sur la résurrection, sur sa présence à son Église et sur l’assistance de l’Esprit Saint dans sa mission sur terre. C’est mon fondement inébranlable. Pour incarner cette espérance dans les « petites espérances » je suis profondément heureux d’être recteur ; quelle chance de former des prêtres à notre époque !
Les séminaristes m’édifient, me réjouissent, m’impressionnent. Ce qui m’émeut le plus, c’est que j’ai l’impression de toucher le Christ à travers eux. C’est une expérience bouleversante qui nourrit mon espérance au quotidien.
Le père Paul Quinson est un Parisien né aux États Unis en 1960 et ordonné en 1992. Il est recteur du Séminaire de Paris depuis 2023, après avoir été curé de Saint-Denys-du-Saint-Sacrement et de Saint-Vincent-de-Paul.
Interview réalisée par Sophie Mattei pour Vocations 224



